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Classes sociales : un clivage dépassé ?

Dans quelle mesure peut-on encore parler de classes sociales ? la distinction serait elle un fait du passé qui n’aurait plus de sens aujourd’hui ?

TRAVAIL-DESIRE

Le terme de classe sociale serait dépassé

Dans la tradition sociologique teintée de marxisme, si classe il y a, c’est bien la classe ouvrière ; or aujourd’hui celle-ci est éclatée, en déclin numérique, et en voie d’intégration à la société (dans la mesure où les ouvriers ont un niveau de qualification de plus en plus élevé).

En effet, la montée du salariat qui englobe désormais 9 actifs sur dix s’est accompagnée d’une diversification qui ne permet plus d’assimiler les salariés aux « prolétaires », c’est-à-dire la « classe exploitée » selon Marx. Il n’y a donc plus de bipolarisation sociale avec d’un coté les prolétaires et de l’autre les patrons, détenteurs des moyens de production.

Au lieu d’une bipolarisation, on a assisté à la fois à :

– une homogénéisation(fonction de la hausse des qualifications)…

– et une hétérogénéisation(par l’individualisation des modes de vie).

L’homogénéisation progressive a permis d’assimiler de plus en plus d’actifs à une classe dite « moyenne », c’est-à-dire caractérisée par la détention d’un niveau moyen des capitaux culturel, économique, social(vu plus haut).

C’est la thèse de la moyennisation :

Si la plus grande partie de la société se moyennise, on ne peut plus parler de classe sociale.

Mais pourquoi cette question a-t-elle tellement d’importance ? Si le concept de classe soulève autant de controverses, c’est bien parce qu’il est au cœur de toute réflexion sur le pouvoir et l’inégalité dans les sociétés démocratiques.

Une société démocratique est fondée sur l’égalité des droits et des chances d’accès à toutes les positions sociales.

Si la société évolue dans ce sens, elle respecte les valeurs fondamentales qui la structurent, elle obéit aux trois objectifs du groupe social : le consensus, la transmission de la mémoire du groupe et surtout la permanence du groupe.

La dynamique du renouvellement des générations provoque des changements dans la stratification sociale essentiellement depuis que la fonction repose non plus sur la naissance ou la richesse mais sur la compétence et le savoir.

On parle alors de mobilité sociale : il s’agit de la circulation des individus entre les catégories ou classes sociales.

Les différents types de mobilité

– mobilité intragénérationnelle (durant la même génération) : passage d’un individu d’une catégorie sociale à l’autre (entre le début et la fin de la carrière d’un individu).

– mobilité intergénérationnelle (entre deux générations) : circulation d’un individu du groupe social auquel appartient sa famille à un autre groupe.

Bien que la tendance à l’hérédité du statut soit majoritaire, la mobilité intergénérationnelle est importante en France depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

La mobilité sociale intergénérationnelle s’est développée en raison de l’évolution de la structure des emplois dans différents secteurs :

– forte diminution de la population agricole.
– baisse du nombre des commerçants et artisans(développement des grandes surfaces).
– fort accroissement du nombre des cadres et des professions intermédiaires(nécessité d’une qualification de plus en plus poussée).

– mobilité due au mariage : on assiste globalement à une baisse de l’endogamie géographique, mais l’homogamie sociale demeure assez forte(tendance à choisir un conjoint dont les caractéristiques sociales et culturelles sont proches des siennes).

Dans la mesure où un groupe social prend les mesures nécessaires pour favoriser l’égalité des chances d’accès de tous aux différentes positions sociales, c’est-à-dire la mobilité sociale, le processus démocratique est respecté.

Et pourtant le terme de classes sociales reflète toujours une certaine réalité

Certains sociologues rejettent en effet la thèse de la « moyennisation » en soulignant que le chômage massif du dernier quart de siècle et la précarisation de l’emploi ont fragilisé la condition de beaucoup de membres de la classe moyenne et amoindri les perspectives de mobilité sociale ascendante dans les classes populaires.

Le thème de l’exclusion et de la fracture sociale témoignerait donc d’une permanence des classes sociales.

De plus Pierre Bourdieu affirme que les classes sociales existent toujours dans la mesure où l’individu intègre un “habitus”? de classe, dans la mesure aussi où il hérite de différents capitaux ; cet “héritage” va conditionner son avenir d’après ce sociologue. C’est pourquoi il parle d’ « hérédité sociale » déterminant une inégalité des chances, facteur qui a tendance à se transmettre de génération en génération.

Il souligne également l’enjeu idéologique et politique des rapports de classes.

Habitus : ensemble des dispositions dont l’individu hérite de son environnement familial (façon de parler, de penser, d’orienter ses choix, etc.), dispositions qui conditionnent et déterminent l’avenir de l’individu selon Bourdieu.

Par ailleurs, des sociologues insistent sur l’émergence dans la société contemporaine de nouveaux clivages porteurs de nouveaux conflits éventuels qui complexifient la représentation d’une structure sociale morcelée car ils ne se substituent pas purement et simplement aux classes sociales mais se juxtaposent à cette stratification : inégalités hommes/femmes, inégalités ethniques, inégalités public/privé, inégalités jeunes/moins jeunes, etc.


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Auteur : Ecossimo


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