Salariés et Population active

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La part des salariés dans la population active est passée de 50% au XIXème siècle à 88% actuellement.

Rappel : à l’origine de cette montée en puissance, on trouve d’abord la forte diminution des actifs agricoles et, dans une moindre mesure, celle des indépendants, petits artisans ou petits commerçants. Par ailleurs la création de la Sécurité sociale en 1945 a garanti les salariés contre les conséquences financières de la maladie et l’incapacité de travailler dans les vieux jours.

Le statut de salarié devenait ainsi un gage de sûreté alors qu’il avait été historiquement un facteur de dépendance et de précarité.

Les conséquences du chômage : de l’emploi “normal” aux “formes particulières d’emploi”

L’emploi typique : un travail à durée indéterminée.

La législation, les conquêtes syndicales, les modes de gestion de la Main d’oeuvre ont abouti à imposer une sorte d’emploi type :

– emploi salarié : 88% de la population active. Les formes de travail indépendant(agriculture, commerce, artisanat, etc.) tendent à devenir marginales ;
– le lien entre l’employeur et le salarié est ferme : il s’agit d’un statut, d’un contrat sans limitation de durée basé sur un CDI, Contrat à durée indéterminée ;
– l’emploi typique est stable : il s’intègre le plus souvent dans un système de promotion;
– c’est un emploi à temps plein ;
– l’emploi typique procure l’essentiel du revenu familial, même si le développement de la protection sociale tend à séparer revenu et travail.

Développement de l’emploi atypique

– L’extension du chômage et les nombreuses fluctuations de l’activité économique ont favorisé le développement d’une multitude “d’emplois hors normes” : l’emploi intérimaire, les stages, le travail à temps partiel, les contrats à durée déterminée de type CES(contrat d’emploi solidarité), l’apprentissage.

L’emploi atypique est caractérisé par l’instabilité et la précarité :

– bas salaires ;
– incertitude de l’avenir ;
– manque de promotion.

En 20 ans, le nombre de salariés occupant un emploi précaire (CDD, mission d’intérim, emploi aidé, comme les contrats-jeunes, ou apprentissage) a triplé pour atteindre 1 832 000 actifs, soit 8,6% de la population active salariée ayant un emploi.

Cette croissance des emplois précaires est un des facteurs de la résurgence(le retour) de la paupérisation salariale, puisqu’il fait de l’emploi une activité occasionnelle, entrecoupée de nombreux passages à vide.

Il n’est pas étonnant alors qu’un nombre grandissant de demandeurs d’emploi se trouvent dans une situation paradoxale, cumulant recherche d’emploi et travail occasionnel : plus d’un million de personnes sont aujourd’hui dans cette situation sur 3,4 millions de demandeurs d’emploi. Ce chiffre inclut tous les demandeurs d’emploi, y compris ceux qui recherchent un temps plein à durée indéterminée et ont travaillé moins de 78 heures dans le mois qui précède.

Risque représenté par le développement de ce type d’emplois :

– clivage de plus en plus accentué entre les détenteurs d’emplois typiques et ceux qui doivent se contenter d’emplois atypiques, instables et précaires
– développement d’une société “duale” (en deux parties)
– risque de remise en cause du lien social, fondement de l’existence même du groupe social.

Les entreprises ont tendance à développer ce type d’emploi en partie afin de s’adapter aux fluctuations de la conjoncture.

La croissance économique n’est en effet pas régulière, elle connaît des phases d’accélération comme des phases de ralentissement voire de diminution. Par conséquent, dans les phases de reprise, l’entreprise n’étant pas sûre de l’amélioration durable de l’activité, peut préférer embaucher pour une durée « déterminée »(CDD), l’emploi « intérimaire » pouvant être finalement transformé plus tard en emploi à durée « indéterminée »(CDI) si le besoin de main d’œuvre s’avère indispensable.

Une note d’optimisme cependant :

si le chômage remonte, la situation des catégories sociales jusqu’ici les plus touchées par l’insuffisance d’emploi s’est améliorée.

La preuve a en effet été apportée que la situation de l’emploi pouvait s’améliorer de façon substantielle : il s’agit moins du taux de chômage dans son ensemble que de celui des catégories sociales jusqu’ici les plus touchées :

– le chômage de longue durée(un an ou plus) -chiffres déjà cités plus haut-,
– le travail à temps partiel contraint, celui que les demandeurs d’emploi n’acceptent que parce que c’est « cela ou le chômage », représente 31,6% de l’ensemble de ceux qui occupent un temps partiel, alors qu’il atteignait 40% en 1997.

Cela n’est pas dû au hasard mais à une politique d’emploi qui a consisté à s’occuper davantage des plus mal lotis, pour tenter de leur trouver une solution notamment par :

– l’accès aux emplois aidés(contrats emploi-solidarité, contrats de qualification, contrats-jeunes) ;
– accompagnement dans la recherche d’emploi ;
– incitations en direction des employeurs(baisse des cotisations sociales en faveur des embauches de personnes en difficulté, et à l’inverse, suppression des réductions de cotisations sociales en cas d’embauche à temps partiel).

Même si ces mesures n’ont pas d’incidence très visible sur le niveau global de l’emploi, elles changent la donne. Elles permettent à ceux qui, dans la file d’attente, voyaient bon nombre de nouveaux venus leur passer devant, de retrouver un emploi décent.

Les pays modèles dans ce domaine, comme la Suède ou le Danemark, ont des taux de chômage relativement bas, mais ce qui les distingue avant tout est leur capacité à proposer une solution convenable à tous ceux qui ont du mal à se caser par leurs propres moyens.